J'ai remis en question cette façon que nous avons tous, de remplir nos journées.

J'ai remis en question cette façon que nous avons tous, de remplir nos journées.

Se retrouver seul avec nos pensées peut être tellement inconfortable que nous préférons recevoir un stimulus négatif comme une décharge électrique que ne rien faire du tout !

Rester 15 min sur une chaise sans actions possibles est désagréable.

Nous aimons être stimulés via nos différents sens en permanence.

Aujourd’hui, nous avons une multitude d’options pour remplir notre temps :

  • des activités physiques, artistiques
  • des divertissements par des vidéos, podcasts, réseaux sociaux, jeux en ligne
  • des activités de nature, de jardinage
  • du bricolage à plus ou moins grande échelle
  • de la lecture d’articles, de revues, de livres
  • des événements en tout genre

Nous avons énormément de choix. Et choisir une option, c’est renoncer à toutes les autres. Ce qui n’est pas facile.

Notre réponse à ce problème est la productivité ou l’optimisation pour pouvoir faire plus de choses.

Mais si on tente toujours de remplir un maximum nos journées, comment est-il possible de prendre de la hauteur ?

Comment pouvons-nous mettre l’énergie au bon endroit ?

J’ai eu la chance d’échanger pendant une heure avec Camille Courlivant, Lead Designer de service à la Maif.

Notre sujet de départ était le “Design de vie”, autrement dit la conception de notre vie. Sujet assez vaste !

Nous sommes arrivées au même constat ! Il est nécessaire d’avoir de l’espace pour mettre l’énergie au bon endroit.

Toutes les deux, nous observons que lorsque nous ne remplissons pas nos journées, nous mettons beaucoup plus de temps et d’énergie sur les choses qui comptent vraiment. Et c’est très satisfaisant 😃

Dans cet article, je fais un premier constat de notre manière de fonctionner actuellement.

J’explique, ensuite, ce qui se passe quand nous ne remplissons pas nos journées.

CONSTAT : NOUS VOULONS FAIRE UN MAXIMUM DE CHOSES

Camille me partage, lors de notre échange, que son temps s’éparpille, qu’elle a toujours l’impression de courir.

Pourtant, elle n’a pas le souvenir d’avoir toujours eu cette sensation.

Que s’est-il donc passé ?

La vitesse

Nous vivons dans un mode rapide.

Nous sommes fiers à la fin de la journée si nous avons fait beaucoup de choses.

Un grand nombre de vidéos sur YouTube mettent en avant le nombre de livres lus en peu de temps.

  • Comment lire un livre par semaine facilement ?
  • Comment lire plus vite avec la lecture rapide ?
  • Lire un livre par semaine a changé ma vie
  • Ma technique pour lire énormément de livres

Nous devenons impatients. Nous voulons tout, tout de suite.

  • Quand nous commandons quelque chose, il faut l’avoir le plus vite possible.
  • Quand nous envoyons un message ou un mail, on ne comprend pas si la personne ne répond pas rapidement.

Je ne suis pas certaine que nous aimons la vitesse. Par contre, nous apprécions être stimulés régulièrement, c’est sans doute une des raisons pour lesquelles nous aimons faire un maximum de choses.

Et la solution que nous avons trouvée pour y arriver est d’aller plus vite.

Optimiser pour gagner du temps et faire plus

Le moindre point de friction est optimisé. C’est même la base du Design. On recherche les éléments de frustration, d’émotion négative pour innover ou améliorer la situation.

  • C’est difficile à vélo ? Solution : le vélo ou la trottinette électrique…
  • Ça prend du temps de trouver une adresse ? Solution : Le GPS et les noms de société directement indiqués dans Google Maps ou Waze
  • On n’a pas suffisamment de temps pour nos activités du soir ?  Solution : les plats préparés à faire réchauffer au micro-ondes, Deliveroo…

Le smartphone est un outil d’optimisation de vie.

Avec mes étudiants en UX Design, nous cherchons des idées d’application qui n’existent pas et qui répondent à un problème. Ce n’est pas facile, beaucoup de choses existent déjà.

  • Application pour promener les chiens en groupe
  • Application pour penser à arroser les plantes d’intérieur

Un téléphone est en même temps un GPS, un agenda, un appareil photo, une console de jeux…

Remplir pour en faire plus

Pour pouvoir faire toutes ces choses, on remplit notre agenda, nos journées, notre temps.

Certains sont prêts à aller dormir plus tard, d'autres se lever plus tôt (c’est mon cas), le tout est d’en faire un maximum.

On habitue les enfants dès le début. Il faut qu’ils testent tout. Nous sommes de bons parents si nous permettons à nos enfants de faire un maximum de choses.

Dès la maternelle, l’école fonctionne en projets et chaque minute est comptée pour passer à une autre activité (mon expérience de 2 ans de formation en tant qu’institutrice).

On se remplit d’actions, comme on peut se remplir de nourriture.

Mais ça va plus loin, on remplit notre attention. On a la moindre minute, on dégaine notre téléphone. Seule face à notre assiette, nous avons besoin de remplir en écoutant, lisant ou regardant quelque chose.

Le succès de la méditation et de la pleine conscience

Une petite exploration sur les tendances de recherche Google avec le terme “méditation” en France et depuis 2004 nous en dit long.

Les Français recherchent du contenu sur la méditation et la pleine conscience !

Depuis 2015, ça n’a cessé d’augmenter avec un pic en 2020 (sans doute pour les raisons que nous connaissons tous).

On trouve énormément d’applications de méditation. Pour Petit Bambou, il s’agit d’un réel business (en 2018, l’Écho parle de 400 000 utilisateurs actifs sur l’application et la Voix du Nord évoque aujourd’hui plus de 8 millions de personnes utilisant l’application).

C’est tout à fait paradoxal avec la vitesse et l’optimisation exprimée plus haut !

ET LAISSER UN PEU D’ESPACE, ÇA PEUT APPORTER QUELQUE CHOSE ?

Une journée possède 24h pour chacun d’entre nous.

Nous pouvons laisser notre comportement par défaut en continuant à faire un maximum de choses, ou nous pouvons fonctionner différemment.

Les avantages de ne pas remplir notre temps :

  1. Les vraies opportunités

Après une activité avec des enfants, des amis, de la famille, il peut y avoir beaucoup de choses très chouettes à vivre. Peut–être, nous ne les vivrons pas, car nous avons autre chose de prévu plus tard.

Mettre un peu d’espace dans nos vies ne veut pas dire ne rien faire ! Mais laisser de la place pour les choses importantes.

Nous manquons beaucoup plus d’opportunités en remplissant nos journées qu’en ne remplissant pas.

Le fait de laisser de la place me permet de faire des choses qui n’auraient pas été possibles :

  • Une amie de Belgique m’appelle et me dit, je suis par là pour quelques heures, tu es dispo ?
  • Je suis satisfaite de ma maison et de mon jardin, car je peux les entretenir quand j’en ai envie donc ça ne me demande pas trop d’énergie et je m’y sens bien.
  • Mes dernières vacances en van autour de la Normandie ont été complètement improvisées, ce qui a permis un émerveillement total à chaque instant.
  • En création, si je sais que j’ai une limite de temps (1h30), je me sens moins libre de créer.

2. Faire les bons choix

Dans beaucoup d’entreprises ou startups, les équipes sont dans le feu de l’action, elles avancent vite, sans suffisamment prendre de hauteur. La vision et/ou la mission ne sont pas claires et les employés avancent à l’aveugle.

Finalement, l’énergie n’est pas mise au bon endroit, car le fil rouge n’est pas clair, la priorisation non plus.

Le problème d’aller vite est qu’on ne prend pas le temps de reculer, dézoomer pour connaître nos vrais objectifs, là où on souhaite vraiment aller. Ce qui mène à des actions qui ne sont sans doute pas les bonnes à l’instant T.

Notre vie, c’est un peu notre petite entreprise, prendre du recul régulièrement est nécessaire pour s’assurer d’aller là où on a envie d’aller. Sans faire ce travail, la vie nous oblige parfois, un peu trop tard, à faire le recul nécessaire pour avancer (épuisement professionnel, échecs en tout genre).

3. Moins de stress

Je ne travaille ni le mercredi ni le vendredi après-midi.

Si j’ai un peu plus de travail une semaine, ce n’est pas grave, ces après-midis sont là pour jouer la soupape (à condition que ce soit occasionnel). Je ne suis donc jamais débordée.

Avoir des semaines remplies jusqu’aux soirées et WE impose d’être toujours à temps et ne jamais déborder. Pourtant, les choses ne se déroulent jamais comme prévu…

Ce qui nous oblige à travailler en soirée ou en week-end.

C’est sûr, il y a la loi de Parkinson (loi de la dilatation du temps) qui nous dit que nous en faisons plus lorsque nous créons des blocs de temps pour certaines tâches. Ça, j’en suis convaincue !

Par contre, pour plein de raisons différentes (émotionnelle, météorologique, santé, imprévu…), il faut pouvoir dépasser le temps qui est accordé sans monter en stress

4. Faire mieux les choses et être plus satisfait

S’enfermer dans un planning nous empêche de nous concentrer et d’être complètement libres.

  • Si je sais que j’ai une heure pour dessiner. Je me sens moins libre dans mes actions que lorsque je n’ai pas de limites.
  • Si j’ai 45 minutes avant un rendez-vous, c’est très difficile de me mettre dans une tâche importante.

Je suis toujours en train de regarder l’heure pour être sûre de ne pas être en retard.

Dans un de mes articles où je parle du processus créatif pour la création d’un logo, j’explique l’importance de laisser du temps pour digérer l’information et créer quelque chose de bien pensé, quelque chose de satisfaisant. Nicolas (le graphiste) explique même que c’est lors de ces moments simples où il prend le temps de faire d’autres choses qu’il a les meilleures idées.

Mettre un peu d’espace dans sa vie permet de se concentrer sur beaucoup moins de choses et d’aller plus en profondeur sur certaines choses (se perfectionner dans un sport, en musique, en écriture, travailler sur un projet…).

Ce qui mène à une plus grande satisfaction, car petit à petit nous devenons “expert” de quelque chose.

5. Se connecter avec les éléments, avec nous même

En mettant un peu de vide dans nos journées, nous avons beaucoup plus d’espace pour nous écouter.

Il existe une multitude de façons de se sentir bien. Se connecter avec la nature et avec soi-même en fait partie.

En ayant du temps disponible, je n’hésite pas à faire un saut dehors pour

  • observer les différentes plantes de mon jardin
  • promener mon chien
  • faire du sport en nature (courir, randonner, faire de la planche à voile ou du stand up paddle et en hiver du ski)

Ces moments sont, pour moi, des moments forts où je me retrouve avec moi-même.

Régulièrement, lors de mes sorties (même de 10 min), j’ai de nouvelles idées ou des réponses à mes questions du moment.

Nous faisons partie de la nature ! C’est en vivant avec elle que nous pouvons nous rendre compte de tous les bienfaits qu’elle peut nous apporter. 🙏

CONCLUSION

À l’heure du succès des contenus courts (vidéos de 2 min), je pousse à ne pas tomber dans la stimulation à l’extrême.

La quantité d’opportunités d’actions possibles ne diminue pas, nous avons toujours plus d’options possibles.

Tout faire est impossible. Mais choisir de faire une chose, et la faire bien  est possible.

Gagner du temps dans tous les domaines de notre vie, optimiser le moindre moment de friction est un mode par défaut que nous avons laissé installer. Comme pour toutes choses, mettre un peu de conscience et vérifier si ça nous convient est nécessaire.

J’ai appris petit à petit à prendre le temps et à refuser des événements, des tâches, des actions pour garder toujours du temps disponible.

Ça vous parle ? Choisissez un week-end, ne prévoyez rien et venez me raconter votre expérience. Je serais super contente d’échanger sur le sujet.

Merci Camille pour nos échanges ainsi que de m’avoir challengé dans mes réflexions ❤️